Si l'on dit que chanter, c'est prier deux fois, marcher, dirons-nous, c'est prier avec les pieds.
La prière est une route. Elle est la voie de l'homme vers Dieu, le chemin par lequel l'être humain ouvre la porte de son cœur et sur lequel il se laisse rencontrer par Dieu qui se donne et vient à lui. La prière est un voyage, non comme une drogue qui emporte hors de soi-même, mais un voyage intérieur qui mène au plus intime de soi, « plus intime à moi-même que moi-même » disait saint Augustin ; c'est là qu'habite l'Esprit de Dieu ; en termes bibliques, cette part intime de l'être humain se nomme le cœur.
La prière enfin est un déplacement ; se mettre en présence de Dieu, accueillir sa parole, la prier, c'est changer de place, c'est accepter d'être transformé dans ses attitudes et son état d'esprit.
Comment prier avec ses pieds ? La marche donne un rythme et je suggère cette prière dans laquelle les Orientaux sont nos maîtres : la prière du cœur. Elle consiste à répéter sans cesse une courte prière ou le nom de Jésus : « Jésus Sauveur », « Jésus, fils de Dieu Sauveur, prends pitié de moi pécheur ». Essayez et vous verrez que cette forme de prière apaise profondément le fond de l'être qui se laisse habiter par la présence de l'Esprit de Dieu, douce, pacifiante et aimante.
La prière du chapelet peut aussi accompagner la marche. Marie entend la prière du pèlerin qui lui demande de prier à toutes ses intentions : « Prie pour nous, Marie, prie pour nous qui sommes pauvres et pécheurs ».
Il est bon de temps en temps de goûter le silence, d'écouter simplement le pas des marcheurs, de savourer la présence. La nature enfin est propice au chant de louange et des phrases des psaumes viennent alors aux lèvres : « Ô Seigneur notre Dieu, qu'il est grand ton nom par tout l'univers ».
Saint Bernard lui-même aimait parcourir seul, la nuit, les champs et les bois autour de Clairvaux, disant qu'il n'eut jamais d'autres maîtres que les chênes et les hêtres.
Marcher, c'est respirer le vent, la pluie, les arbres et les fleurs, et entrer en communion avec le vivant. Marcher, c'est se laisser décrasser le cœur, aller au-delà de soi et y percevoir la présence de Dieu.